«Lohnfortzahlung»: éviter la régression sociale!

05/18/2007

La généralisation de la «continuation du salaire» pendant les 13 premières semaines de la maladie par les employeurs est une dangereuse mystification!

Les ouvriers sont actuellement assurés contre le risque maladie dans le cadre de l’assurance maladie. Ils y touchent une indemnité pécuniaire de maladie, avancée par les patrons, mais financée par des cotisations.
 
Certes, avant 1974, les ouvriers touchaient de la part de leurs caisses beaucoup moins et moins longtemps que les employés qui, pour des raisons historiques, tenant à leur statut relativement privilégié et à leur petit nombre, bénéficiaient d’un salaire continué pendant la maladie sans l’intervention d’une caisse.

Mais la loi de 1974 a réalisé cette continuation intégrale du salaire également pour les ouvriers, par le biais des caisses. Les statuts de l’Union des Caisses de Maladie, par intégration des heures supplémentaires habituellement prestées, la rendent même plus favorable encore que pour les employés privés.

Que peut donc réellement encore signifier une telle « revendication » aujourd’hui alors que la continuation du salaire est devenue réalité entretemps également pour les ouvriers?

Le véritable enjeu de la « continuation de salaire » par les employeurs tient au changement de mode de financement de ce salaire et au transfert envisagé des salariés malades sous l’autorité et le commandement directes de leurs patrons afin de mieux combattre l’ »absentéisme ».

A l’avenir, les patrons pourraient, ce qu’on leur propose, se cotiser en « mutuelles » sectorielles, couvrant des risques analogues, et contracter des assurances contre la maladie auprès de compagnies privées. Sous le coup de cette privatisation, la situation se dégraderait rapidement pour les ouvriers, mais aussi pour les employés privés, devenus la partie majoritaire, largement non privilégiée, du salariat. Déjà les patrons réclament tambour battant – c’est le seul enjeu actuel des négociations, - des « jours de carence », 80 pour cent seulement du salaire « continué » et la liberté de licencier si leur propre médecin de confiance ne reconnaît plus la maladie de leurs employés et ouvriers. A quand les « mutuelles » pour assurer les frais médicaux?

Aucun salarié n’a intérêt à ce que cette privatisation de l’assurance maladie ne devienne réalité demain!

Lors de la création de l’assurance accident en 1902, le gouvernement Eyschen forçait les employeurs à se cotiser au  niveau national pour couvrir le risque accident. Le libéral Eyschen pourfendait  la « liberté d’être son propre assureur » et la « liberté de s’assurer auprès d’une compagnie privée » réclamées dans une pétition par 150 patrons. Cela renchérirait le coût de l’assurance. Et : « Nous serions pieds et poings liés (…), nous devrions accepter les conditions qui nous seraient dictées ». Eyschen savait qu’il ne fallait pas ouvrir un marché de l’assurance-accident, à supposer qu’il soit rentable, si on voulait la « paix sociale »(*).

Le gouvernement actuel nous propose de retourner au XIXe siècle, joyeusement, en fêtant la grande « conquête sociale» que serait la « Lohnfortzahlung » par les patrons.

La Caisse de Maladie est une garantie! Il faut à tout prix la préserver en faisant échouer les plans scélérats de ce gouvernement.

Serge Urbany, rubrique "Zu Gast im Land"

(*) Débats à relire dans le Bulletin des questions sociales sur 100 ans de sécurité sociale au Luxembourg, sous la plume de Nicole Kerschen ; www.secu.lu, rubrique Aloss, vol. 10.

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