Le Quotidien: «L'État n'est ni laïciste ni laïque» André Hoffmann requiert la fin des privilèges pour les cultes
André Hoffmann est candidat pour les élections législatives (circonscription Sud) et européennes. André Hoffmann a été professeur d'allemand et de philosophie, d'abord au lycée de Diekirch, et à partir de 1970 au lycée de garçons d'Esch-sur-Alzette. Dernier député élu du Parti communiste luxembourgeois (1990-1994), André Hoffmann a rompu avec son parti et démissionné de son mandat, pour participer, en 1994, à la création du mouvement Nei Lénk (Nouvelle Gauche), qui deviendra en 1999 déi Lénk (La Gauche). Il a été député à nouveau en 1999 et 2000. André Hoffmann a été membre du conseil communal d'Esch-sur-Alzette (de 1984 à 1990 et de 2000 jusqu'en octobre 2008). Il a occupé la fonction d'échevin d'Esch-sur-Alzette de 2000 à 2005. André Hoffmann est membre du Conseil supérieur pour un développement durable au Luxembourg.
Le Luxembourg est-il un État laïque?
André Hoffmann: Dans la terminologie, nous devons distinguer entre un État laïciste qui donnerait préférence aux mouvances non religieuses. Le Luxembourg n'est pas un État laïque non plus. L'État laïque implique le respect de l'égalité, de la nondiscrimination, donc de la neutralité absolue, tant dans le domaine institutionnel que dans le domaine du financement. Il y a toujours eu des relations privilégiées entre l'État grandducal et l'Église catholique. Ce lien implicite avec l'Église catholique se lit dans l'article 106 de la Constitution ("Les traitements et pensions des ministres des cultes sont à charge de l'État et réglés par la loi."). Ainsi, ce culte a bénéficié d'un rôle privilégié exclusif, en particulier dans l'enseignement public. Il est regrettable que la récente proposition de révision de la Constitution ne se préoccupe nulle part de la neutralité religieuse de l'État et de la séparation des églises et de l'État. Plusieurs partis proposent un impôt d'Église ou les contributions volontaires aux cultes. J'estime qu'aucun financement des cultes, quel qu'il soit, ne devrait être à charge du budget de l! 'État. Par contre, je ne m'oppose pas au financement de services sociaux, comme ceux de la Caritas, dans la mesure où la même prestation de service ne devrait pas être discriminée par rapport à la Croix-Rouge, par exemple. Il ne convient pas de priver les personnes qui voudraient une aide sociale à caractère religieux de ce service. Par contre, dans le passé, en matière hospitalière, par exemple, l'État a péché par omission. À l'exception de l'hôpital d'Esch et de quelques rares établissements, seules les congrégations religieuses entretenaient des établissements hospitaliers moyennant la prise en charge par l'État. La santé, parmi d'autres secteurs, devrait être le domaine exclusif de l'action publique.
Y a-t-il des alternatives à l'enseignement aux valeurs? Quid des catéchistes, dans ce contexte?
Je préférerais ne pas utiliser la notion d'"enseignement aux valeurs". Certaines revendications préconisent tout simplement le remplacement du cours d'instruction religieuse par l'enseignement aux valeurs. Je ne partage pas cette position dans la mesure, où elle implique l'idée qu'il suffirait de remplacer "la religion" par d'autres "valeurs". Déi Lénk ne revendiquent pas un cours d'enseignement aux valeurs. Il s'agirait plutôt d'introduire un cours de "philosophie pratique", de "Praktische Philosophie", selon l'appellation allemande, ou traduit parfois en français par "éthique". D'ailleurs le ministère de l'Éducation nationale dispose des programmes sur un enseignement de philosophie pratique (ou appliquée). Les "valeurs" doivent être remises en question, elles doivent être considérées dans leur contexte historique. Ce ne sont pas les "valeurs" du néolibéralisme, par exemple, qui méritent d'être propagées. Les élèves doivent apprendre la méthode du questionnement différencié. Un personnel spécialement qualifié est requis pour ce cours. Quant aux catéchistes qui ne disposeraient pas de la qualification requise et qui ne s'engageraient pas pour la neutralité confessionnelle, le problème ne peut être résolu que sur le plan social, sans les exposer à une précarité sociale, par l'Église.
Le Quotidien 29 mai 2009
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