Le Quotidien: «La crise du libéralisme»

08/18/2009

Pour André Hoffmann, les leçons de la crise n'ont pas été tirées. Il faudrait se mettre d'accord sur ce qu'on entend par régulation de l'économie.

La crise économique que nous traversons aujourd'hui représente-t-elle pour vous la crise, voire l'échec total des politiques libérales?

André Hoffmann: Cette crise est incontestablement celle de la nouvelle forme du libéralisme économique. C'est la crise de ce libéralisme économique qui ne date pas seulement de l'accord du GATT, mais qui prend ses racines dans les années 1970 et qui est devenu l'idéologie et la politique dominante avec des grands pionniers de ce courant que sont Thatcher et Reagan. Cette politique a contribué à ce que toutes les régulations qui encadraient les marchés soient progressivement laminées. Et la crise qu'on vit aujourd'hui est due effectivement au fait qu'au niveau des marchés financiers, les régulations ont été tour à tour éliminées. À un moment donné, n'importe qui pouvait faire ce qu'il voulait avec son argent. Et de l'autre côté, les banques pouvaient faire des crédits sans restriction, sans même regarder siles gens à qui elles prêtaient étaient en mesure de les rembourser. Tout le monde parle aujourd'hui de régulation du libéralisme.

 Vous y croyez?

Je crois à une régulation du marché. Mais il faut alors m'expliquer concrètement ce que cela veut dire. Jean-Claude Juncker a dit que le marché devait être régulé. Très bien, mais quand je regarde ensuite le programme de coalition, je ne vois rien qui le préfigure. Réguler, cela veut dire réguler d'une nouvelle mamère. Ça pose la question même de savoir ce qu'on entend par régulation des marchés.

Qu'entendez-vous justement par régulation des marchés?

Pour réguler l'économie, il faudrait qu'on commence à limiter le domaine du marché privé et qu'on donne plus de place à l'économie publique. Il faudrait développer les services publics au lieu de continuer à vouloir les privatiser. Il faut qu'on donne à l'économie privée des règles beaucoup plus sociales comme par exemple ce que prévoit notre (NDLR : déi Lénk) projet de loi sur la protection des salariés dans le cadre de licenciements abusifs. Il y a ensuite également la question de la gouvernance de l'économie. Il faut qu'il y ait plus de démocratie, c'est-à-dire davantage de contrôle de l'État. Pourquoi ne pourrait-il par exemple pas y avoir' de banques publiques?

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le marché libre est créateur de richesse et qu'il faut bien de l'argent pour mener des politi- ques sociales?

On ne pose aujourd'hui plus la question de savoir d'où venait l'argent qui a permis l'accumulation des richesses. Quand on veut sortir des rendements tels qu'il y en a eu, on doit faire pression sur le facteur travail. C'est une spirale vers le bas. Et il y a là une logique que je ne comprends plus alors. Pourquoi faut-il d'abord exercer une pression sur les travailleurs pour redistribuer ensuite l'argent à ceux qui gagnent le moins?

Le Quotidien du 18 août 2009 

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