David Wagner im 'Lëtzebuerger Land': Les étranges débats socialistes ...
(Zu Gast im Lëtzebuerger Land, 11. September 2009)
David Wagner - Ces derniers temps, l'on aura constaté que les partis de la socialdémocratie européenne partagent un point commun: ils perdent les élections. Plus globalement, leur poids politique s'étiole plus ou moins rapidement selon les contextes nationaux. A cette crise fondamentale qui les traverse, la réponse de ces partis est particulièrement confuse: tantôt le déni, tantôt des paroles verbales gauchisantes jamais suivies de faits, tantôt d'étranges manoeuvres d'appareils censées sauver la boutique. Le cas français est particulièrement pathétique: au lieu de revenir sur sa conversion au libéralisme (qui, dans les faits, a définitivement eu lieu au début des années 80), le PS français, qui devrait savoir qu'il doit sa déroute, comme le reste de la socialdémocratie, à son abandon des classes ouvrières et populaires, débat de s'ouvrir au centre-droit (alliances avec le Modem). Sommet de la bêtise, ses chefs se chamaillent au sujet de ces fameuses primaires (la Star Academy version politique - si vous choisissez Martine, tapez 1, si vous préférez Ségolène, tapez 2...), préparant ainsi, pareillement au lamentable exemple des démocrates italiens, leur défaite de 2012.
Les socialistes luxembourgeois seraient-ils, eux, plus sages? Le programme annoncé pour leur "académie d'été" le 19 septembre se révèle bien chargé en débats idéologiques. Le premier "workshop", animé par le député et historien Ben Fayot, demande s'il y a encore des raisons d'être fier du LSAP, pose la question des forces et faiblesses idéologiques du parti et s'enquiert de voir la socialdémocratie sombrer dans l'insignifiance. Un autre workshop, animé par le président de la fraction Lucien Lux, pose des questions d'une candeur toute nouvelle: la classe ouvrière (oui, ce terme est bel et bien employé dans l'introduction) aurait-elle besoin "de son propre parti, qui s'appuie sur un programme révolutionnaire, international et socialiste"? Ou bien, et c'est cela qui semble être l'unique alernative, "les majorités politiques ne se trouveraient-elles qu'au centre?". Franchement, il faut avouer que cette phrase a de quoi laisser pantois. Non seulement par le choix d'une terminologie assez originale pour un parti socialdémocrate, mais également à cause du caractère définitif des alternatives proposées. Que conclueront donc nos académiciens socialistes? Réforme ou révolution? Révolution? Il faudra dans ce cas qu'ils revoient un peu leur programme et qu'ils avertissent, accessoirement, leurs partenaires de la coalition gouvernementale. A moins que le "dernier communiste", Jean-Claude Juncker, les suive dans leur volonté d'édifier la République populaire et démocratique du Luxembourg... On ne sait jamais.
Imaginons donc un instant que les socialistes, par un concours de circonstances inouï, délaissent la voie de la révolution, que leur restera-t-il alors? L'alliance avec le centre, en effet! Dans ce cas de figure, nous nous permettons, à notre tour, de les avertir: camarades socialistes, c'est déjà le cas! Et depuis bien longtemps. Dommage d'organiser de fumeux débats pour constater l'état actuel. Si le ton que nous employons est quelque peu sarcastique, c'est que les interrogations socialistes y poussent. Non pas que nous ne voyions pas d'un bon oeil que les militants socialistes se réunissent pour débattre de leur orientation politique, au contraire. "Enfin!", serions-nous tentés de nous exclamer. Mais encore devraient-ils donner l'impression de prendre leurs propres débats au sérieux. Nous n'attendons pas des socialistes qu'ils se convertissent à la révolution. De toute façon, le débat réforme ou révolution mérite bien plus qu'un après-midi de discussion entrecoupé d'une pause café. Non, nous attendons des socialistes qu'ils fassent leur travail de réformistes de gauche. Ni plus, ni moins. Ce qui signifie la protection de services publics (notamment les retraites, dont les fonds ne sont pas destinés à la spéculation), du maintien, voire de l'accroissement du pouvoir d'achat pour les couches populaires (et non pas la manipulation de l'indexation des salaires) ou de revenir à une politique fiscale progressive. Ce ne sont que quelques exemples. Revenir au réformisme de gauche, ce serait déjà une révolution pour le LSAP!
Mais de toute évidence, les socialistes semblent commencer à faire définitivement leur deuil de leur caractère historique de parti ouvrier. Lors de la conférence de presse, cette semaine, de présentation de l'académie d'été, le président du parti, Alex Bodry, concède honnêtement que son parti touche le fond (le pire résultat - dans le Sud - depuis 1945). Pour se régénérer, le LSAP devrait s'ouvrir à de nouvelles couches électorales: les jeunes et les non Luxembourgeois. Manière de dire que le LSAP renonce à son électorat traditionnel, la classe ouvrière comme dirait Lux, qui s'en va, et pour cause: le LSAP ne veut plus être son parti.
David Wagner est membre du Bureau de Coordination de déi Lénk.
(Zu Gast im Lëtzebuerger Land, 11. September 2009)
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