Arcelor-Mittal: Contre-sommet de la Gauche Européenne à Esch

06/27/2006
Arcelor-Mittal: Contre-sommet de la Gauche Européenne à Esch

Deux jours après la décision d’Arcelor de fusionner avec Mittal une journée d’études a réuni à l’Hôtel de ville d’Esch des représentants politiques, syndicaux et universitaires à l’appel de «déi Lénk» et du «Parti de la Gauche européenne» pour faire entendre d’autres questions, d’autres réponses.

Tous les participants étaient d’accord qu’une prise de participation de plus de 40% dans le capital d’Arcelor équivalait à l’acte de décès d’Arcelor. Cette opération effectuée dans des conditions d’obscurité complète ne profite qu’aux actionnaires qui ont vu la valeur de leur patrimoine doubler en quelques mois. Les colossales dépenses englouties dans cette bataille seront tôt ou tard récupérées par des suppressions d’emploi et des réductions de salaires.

Un débat très ouvert s’est engagé quant aux moyens de faire face à la toute-puissance des marchés. Pour l’instant nous nous contenterons de quelques notices.

Heinz Bierbaum, Info-Institut, Université de Sarrebruck

Ancien responsable d’IG-Metall et responsable d’un institut spécialisé dans l’étude des politiques d’entreprise, il insiste sur la lutte pour une autre stratégie au niveau des entreprises et le développement des potentiels économiques des différents sites. Bierbaum ne nie pas les différences de stratégie entre une entreprise comme Mittal qui rachète pour réduire les coûts salariaux et dominer le marché ou ThyssenKrupp qui mise sur l’innovation et la qualité du produit. Il voit de grands dangers dans le fait que le débat s’est focalisé sur les marchés financiers. Les vagues promesses concernant le maintien des sites risquent de n’être qu’un calmant.

Alain Morin, rédacteur en chef de la revue «Economie et Politique»

Alain Morin a posé la question de la responsabilité sociale de l’entreprise ou de l’extension nécessaire de la cogestion au domaine économique qui devrait se matérialiser par des droits nouveaux pour les salariés sur la stratégie de leur entreprise, sa politique d’embauche et de formation, un droit de veto suspensif en cas de fusion d’entreprise, une sécurisation des statuts au-delà du changement d’entreprise et une réorientation des flux financiers par un crédit sélectif. Il faut bousculer les conditions du marché de l’emploi basé sur la précarisation, obtenir la continuité des revenus et des statuts au-delà du changement d’entreprise.

Jacques Nikonoff, président d’Attac-France

Nikonoff a réclamé de façon provocatrice la fermeture de la Bourse, en argumentant que ce n’est pas le marché financier qui apporte l’argent à l’économie mais la Bourse qui rançonne et assèche l’entreprise. Une entreprise non cotée à la Bourse ne peut pas être vendue contre son gré. Pourquoi les droits des actionnaires primeraient-ils sur ceux des salariés? Les luttes syndicales ne peuvent être victorieuses si elles ne s’enferment pas dans l’entreprise, mais s’articulent au niveau local. Il faut revaloriser le niveau national, remettre en cause le virage néo-libéral pris par l’Europe en 1985, fermer le robinet qui finance le déficit américain, sortir de la zone euro, désobéir aux directives. Il faut chasser le néo-libéralisme des esprits en politisant les luttes économiques.

Thomas Lutze, Landesgeschäftsführer, Linkspartei Saar

Lutze rappelle que l’expansion de l’Arbed a créé beaucoup d’instabilité en Sarre et la sidérurgie ne joue plus aujourd’hui qu’un rôle marginal. Il attend de la Gauche européenne qu’elle ne coure pas derrière les événements, mais qu’elle formule des alternatives concrètes dans une vision cohérente. Sans une telle perspective nous subirons des événements qui sont un défi à toute rationalité.

Isabel Salud, Secretaria del Mundo del Trabajo, PCE, Espagne

La représentante du parti communiste d’Espagne dresse dans son message le tableau d’une expansion économique superficielle et artificielle qui se caractérise par l’endettement des ménages, le progrès de la précarité et l’affaiblissement du tissus industriel. La bataille pour le contrôle d’Arcelor est une bataille pour le contrôle de la politique économique dans son ensemble. Une coordination européenne doit être mise en place pour défendre les sites, intervenir dans les décisions et obtenir les informations.

Nando Pasqualoni, président syndicat sidérurgie OGB-L, Luxembourg

Le syndicaliste luxembourgeois a mis l’accent sur les potentialités du contrôle syndical des entreprises de l’intérieur. Le document LUX 2006 a défini des critères de gestion en accord avec les syndicats. En s’appuyant sur cet instrument de travail les syndicats ont pu empêcher l’outsourcing, dépasser les conflits en les déplaçant à un niveau supérieur, ancrer la garantie d’emploi, le maintien des statuts et le traitement égal quelle que soit la nationalité. Cela nécessite un niveau d’organisation syndicale et de mobilisation élevés, ce qui n’est pas toujours évident. Les situations explosives se multiplient et la pression montent dans les entreprises.

Tun Jost, déi Lénk, Luxembourg

La décision d’accepter l’offre révisée de Mittal a été précipitée par une lettre provenant des fonds de pension américains fortement représentées dans la capital d’Arcelor, fédérés par la banque Goldman-Sachs et qui ont refusé l’alliance avec Severstal. Ces fonds n’ont aucune relation avec la problématique de l’acier mais font uniquement des réflexion financières. Une méfiance envers la Russie a certainement jouée dans leur attitude, car financièrement la »fusion» avec Mordachov était intéressante. La question centrale est celle de ne pas se faire atteler à la charrue d’une entreprise multinationale ou d’une autre et de ne pas limiter les luttes à la défense d’un site. La mondialisation est un fait objectif qui suppose une internationalisation des luttes. C’est dans ce sens que déi Lénk s’est engagé dans l’initiative de cette rencontre et c’est dans ce sens qu’elle entend lui donner une suite.

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